Rosée à la Chandeleur, l’hiver à sa dernière heure

Comme beaucoup de fêtes, avant d’être religieuse, la Chandeleur fut païenne et latine, mais elle n’a cessé d’être symbole de renouveau, de lumière et de purification.
Elle a toujours eu lieu, le 01 ou 02 février car c’est le mois oú les jours commencent à rallonger et 

Février en latin vient de februare = se purifier 

La Chandeleur chez les romains,
fête du retour de la lumière et du soleil

La Festa Candelarum a donné son nom à notre Chandeleur. 
C’était déjà la fête des chandelles ou des lumières, en référence au mythe de Proserpine (Perséphone en grec), déesse des Enfers qui revenait sur terre, le 1er février, après avoir passé trois mois aux Enfers auprès de son mari Pluton.

Le retour de Proserpine, également déesse de la Lumière et des saisons avec sa mère Cérés, déesse de l’agriculture, des moissons et de la fertilité signe l’arrivée de la végétation et le rythme des saisons. A travers ce mythe, Cérès se montre comme porteuse de blé et de flambeau, ce qui est souvent frappant dans les représentations  où l’or du blé est tendu comme une torche enflammée.

Le mois de février est aussi le dernier mois du calendrier romain, celui de la purification de Rome afin d’attirer la bénédiction des dieux et des ancêtres pour l’année à venir, lors des cérémonies des Lupercales et des Parentalia,durant lesquelles les Vestales déposaient des offrandes de gâteaux de blé qui rappellent nos crêpes actuelles.

Cérès a donné le mot céréales en français.

La chandeleur chez les celtes,
fête du feu purificateur, du renouveau et de la fertilité 

Brigit, bretonne et irlandaise, est barde, médecin, forgeron, métiers qui exigent un grand pouvoir magique.
Comme la Minerve romaine.
Sa transformation saisonnière en oiseau paraît constituer l’un des grands mythes de la religion celtique, celui des femmes-oiseaux.
Déesse du renouveau et de la fertilité, elle préside à la fête d’Imbolg, cérémonie de purification par le feu, comme les feux lustraux romains de Februa (février).

Cette fête a lieu le 1er février et c’est également la célébration de la lactation et de la fertilité, car c’est le début de la saison où allaitent les brebis.

La Chandeleur dans la religion catholique,
Jésus porteur de lumière 

Présentation de Jésus au Temple

Le 02 février, 40 jours après la naissance de Jésus, c’est la dernière fête religieuse de Noël après l’Épiphanie 
car voilà qu’en 472, le pape Gélase 1er christianisa cette fête païenne qui donna alors lieu à une procession aux flambeaux jusqu’à l’église où se déroulait la bénédiction des cierges lors d’ une messe solennelle, ce afin de rappeler aux fidèles la montée de Joseph et Marie, portant Jésus au Temple et la purification de la Vierge, selon la tradition juive.

À l’issue de cette messe, chaque fidèle rapportait chez lui un cierge auquel on prêtait des vertus purificatrices.

Mais pourquoi mange-t-on traditionnellement des crêpes
à la chandeleur ?

Au Moyen Âge, de plus en plus de pèlerins furent envoyés à Rome pour faire bénir leurs cierges par le Pape et ce dernier se devait de les nourrir de pain…qui finit par se faire rare..
On dilua alors la farine pour en faire de fines galettes..qui sont devenues les crêpes.
Rondes et dorées, elles évoquent le disque du soleil et sa lumière. Et s’accompagnent de bolées de cidre.

voici leur recette :

Les paysans, plus attachés à leurs terre, attribuèrent aux cierges et aux crêpes de nombreux pouvoirs magiques et ainsi naquirent des nombreux dictons.

Si vous voulez les découvrir, ainsi qu’une anecdote sur Napoléon, ouvrez le document

Á bientôt ! 🥞🍻…

L’an, comme un cercle rond qui tout en soi retourne, en soi-même revient toujours en mouvement (P.Desportes)

Le Jour de l’An, également appelé jour de la St Sylvestre, est en quelque sorte sacré.

La date du jour de l’an peut varier d’un pays à l’autre selon son calendrier (solaire comme le nôtre) ou luni-solaire (comme le calendrier chinois).

il marque notre destin pour toute l’année à venir

C’est une date de grande superstition où paroles, actes, rencontres, nourriture et dons sont des signes porte-bonheur et chaque peuple a ses codes et ses rites immuables de “passage” pour éloigner le mauvais sort et attirer la chance lors des trois coutumes universelles du nouvel an : 

le réveillon, les voeux, les étrennes. 

Chants, danses, toasts, embrassades se font dans la joie, la lumière et le bruit pour enterrer la vieille année et fêter la naissance de la nouvelle sous les meilleurs auspices. Musique, cotillons,bougies et feux d’artifice ayant toujours eu le pouvoir de faire fuir les mauvais esprits.

“L’an, comme un cercle rond qui tout en soi retourne, 
En soi-même revient toujours en mouvement
Et du point de sa fin reprend commencement 
Courant d’un pied glissant qui jamais ne séjourne.” Philippe Desportes

Le début de l’année n’a pas toujours été le 1er janvier  

En 46 avant notre ère, l’empereur romain Jules César décida que le 1er janvier serait le Jour de l’An. 
Les Romains dédiaient ce jour à Janus, le dieu des portes  et des commencements. D’ailleurs le mois de janvier doit son nom au dieu Janus
Celui-ci avait deux faces, l’une tournée vers l’avant (le futur), l’autre vers l’arrière (le passé).


Sous Charlemagne, l’année commençait à Noël, le 25 décembre. 
Du temps des rois capétiens, l’année débutait le jour de Pâques. Ce n’est que depuis 1622, que le nouvel an est à nouveau fixé au 1er janvier. Une mesure prise par le Pape qui permet surtout de simplifier le calendrier des fêtes religieuses

Le réveillon du nouvel an

La veille du nouvel an, le 31 décembre, jour du réveillon du Nouvel An, est une grande fête destinée à enterrer l’ancienne année et célébrer la nouvelle. On le nomme aussi réveillon de la saint Sylvestre.  Mais qui était donc cet homme au nom d’inspiration forestière ?
Sylvestre fut le 33e pape, de 314 à 335, durant le règne de l’empereur romain Constantin 1er. C’est sous son autorité que furent bâtis les premiers monuments chrétiens dans la capitale de l’Empire.

Que mange-t-on en France à ce dernier repas de l’année ? 

Foie gras, gelée de champagne, huîtres sauce échalote, truffes au chocolat, les plats sont très variés…Mais, bien sûr, toujours accompagnés de champagne !!

Mais pourquoi s’embrasse-t-on sous le gui ??

Il s’agit d’un héritage de traditions et croyances anciennes. 
Les Grecs associaient le gui à Hermès, grand messager de l’Olympe. 
Les Druides le considéraient comme une plante sacrée, aux  propriétés miraculeuses, dont celles de guérir certaines maladies, d’immuniser les humains contre les poisons, de leur assurer la fertilité et de les protéger des méfaits de la sorcellerie. 
Et lorsque des ennemis se rencontraient sous le gui dans la forêt, ils devaient déposer leurs armes et observer une trève jusqu’au lendemain. 
Au Moyen Âge, l’usage voulait que l’on s’offre du gui en prononçant ce souhait “Au gui l’an neuf”

Les Étrennes 

“étrennes”, d’un mot rare en latin, “strenia”, sans doute d’origine sabine, désigne un bon présage et plus particulièrement un cadeau fait pour apporter un bon présage.
Strenia ou Strenua était le nom de la déesse romaine du Nouvel An, de la purification et du bien-être. Elle avait un temple, avec un bois sacré, près du Colisée, au bout de la Via Sacra. Son culte remonte, dit-on, au roi sabin Tatius,ami de Romulus et qui avait l’habitude d’offrir aux principaux personnages de Rome des rameaux de verveine cueillis dans le bois de cette déesse mystérieuse.
Pour les Romains, la verveine, appelée herbe de Vénus, était une plante sacrée aux pouvoirs magiques et symbole de paix, d’abondance et de santé; par conséquent, en donner à quelqu’un revenait à lui souhaiter de bonnes augures  pour l’année à venir.
Mais, depuis la fin du XIXème siècle, la coutume d’offrir des cadeaux le 1er janvier a disparu au profit de Noël. 
Toufois les facteurs, pompiers et éboueurs présentent traditionnellement leurs vœux en fin d’année et offrent des calendriers, pour lesquels ils reçoivent des étrennes en argent liquide; une manière de les remercier pour leur travail tout au long de l’année. 

Et mes petites étrennes pour les très bons moments qu’ avec vous j’ai connus ou connaîtrai bientôt ..

calendrier des travaux agricoles au Moyen Âge de Jane

À l’année prochaine ! …🥂🍾🍸

“Danser, est-ce taire un cri ?” Rainer Maria Rilke

Pierre Brueghel le Jeune 1592

En cette aube grise et sale du 12 juillet 1518 qui peine à chasser la nuit, Frau Mermette est réveillée par les gémissements de son bébé:

Manger, manger…

Elle s’approche du berceau, prend son enfant dans les bras  “et sort, chancelante dans la nuit et en un décor de famine et de maladies. 
Accrochée à une tringle rouillée, l’enseigne du graveur d’en face grince sous l’effet d’une brise légère. L’épouse du tonnelier a des allures squelettiques de chienne famélique qui retourne au vomi.

Manger… Manger…
Il n’y a plus rien pour s’alimenter chez elle et son mari.”*

Elle se dirige tout droit vers le pont du Corbeau sous lequel coule le Rhin, y jette son nourrison et, sans un regard en arrière, se dirige tout droit vers la place de la Cathédrale de Strasbourg où elle se met à danser.

Seule. Sans musique. Jour après jour, regard vide et levé vers le ciel, elle danse, danse sans pouvoir s’arrêter, malgré ses pieds en sang ..

Mais voilà qu’une personne, puis 10 la rejoignent dans cette danse erratique. Une dizaine de jours après, ils sont une cinquantaine à ses côtés, hommes, femmes, enfants… et bientôt plus de 400 sèmeront la terreur et la mort dans les rues de Strasbourg.

S’agit-il vraiment d’une danse ?
Pourquoi cette transe étrange les a-t-elle saisis?

Rien de gracieux ni de joyeux ! bras et jambes épuisés de mouvements spasmodiques, leurs vêtements trempés de sueur leur collent à la peau et révèlent des corps squelettiques;
Tous ont le même regard vague tourné vers le ciel, leurs cris déchirants comme un appel à l’aide aux dieux..

“ON N’A PLUS RIEN, ALORS ON DANSE.”

Il s’agit d’une danse du désespoir. Une femme, entrée dans le cercle a crié « On n’a plus rien, alors on danse.”
En effet, le clergé terrorise la population et lui fait payer fort cher le rachat de ses péchés, pour éviter l’enfer et l’enterrement dans la partie non bénie de la ville. (scandale des indulgences, qui chassera le catholicisme, remplacé quelques années après par le protestantisme).
Une invasion turque menace.
Strasbourg est victime de plusieurs catastrophes naturelles.

La famine est là. 

Une très étrange solution mise en place par la ville 

Comme l’épidémie s’aggravait, les nobles et le clergé inquiets demandèrent l’avis des médecins .
Ce n’est pas une crise d’épilepsie collective: les danseurs ne bavent pas. 
Ni une crise d’ergotisme (moisissure du seigle, qui produit des hallucinations.
Est alors évoquée une “maladie naturelle”, causée par un “sang trop chaud”.

Pèlerinage des épileptiques de Moelenbeek, Bruegel le Jeune, 1592

Les autorités pensèrent en finir en soignant le mal par le mal : ils encouragèrent les danseurs en établissant un marché aux grains et en construisant une scène en bois.
Ils pensaient en effet que les malades ne s’arrêteraient de danser que s’ils pouvaient le faire sans interruption jour et nuit jusqu’à épuisement. Pour améliorer l’efficacité du traitement, les autorités embauchèrent même des musiciens pour maintenir la danse des malades.
Les danseurs furent nourris et le quartier mis en quarantaine pour que cesse la contagion.

2000 des 16 000 strasbourgeois d’alors dansèrent pendant 2 mois. 
Puis, aussi soudainement que ça avait débuté, tout s’arrêta. Sans raison.

La peste dansante

  • Une histoire vraie, très peu connue car longtemps cachée par l’Eglise. Pourtant largement documentée par archives, médecins, et chroniqueurs de l’époque, et même citée par William Shakespeare qui l’a nommée “The dancing Plague”  La Peste dansante
  • Lire aussi ce magnifique et terrible poème de Baudelaire sur la mort la danse macabre 
    “Elle a la nonchalance et la désinvolture
    D’une coquette maigre aux airs extravagants.”
  • * En 2018, Jean Teulé, de sa signature si singulière,  en a fait un roman extraordinaire.

Dansez, c’est ce que l’on peut répondre au désespoir

Pour un zeste de beauté après cette triste et macabre histoire, Strasbourg aujourd’hui.

À bientôt !  ☠️💀