Plus on recule dans le passé, plus la fiction tient de place ; elle est même la seule histoire des premiers âges.(G.Sand).

Il était une fois, il y a 800 ans, Temujin, un jeune enfant des steppes mongoles de la grande montagne sacrée Burkhan Khaldun, peuplée de bouriates.

Temüjin n’avait que 8 ans et sa vie vient de se briser:

La Mongolie était alors constituée d’une multitude de clans nomades qui ne cessaient de se battre et son père, chef puissant de l’un d’eux, venait d’être assassiné par des Tatars.
Sa mère et ses frères et sœur sont dès lors rejetés et plongés dans la misère car, même s’il est l’àîné héritier, il est trop jeune et son clan a refusé de se soumettre à son autorité et c’est un autre clan ( les Taïdjioutes) qui s’empare du pouvoir.Mais Temujin sait qu’il est d’origine divine : n’est-il pas né là où vivaient le Loup bleu céleste et la biche blanche, les dieux fondateurs de la Mongolie et n’est-il pas leur descendant direct ?

Va-t-il renoncer à épouser  Börte, la très jolie fille d’un autre leader mongol influent, Dei-Sechen avec laquelle son père l’a fiancé ?

Il se jure alors de réhabiliter sa famille et de faire de la Mongolie un empire uni et plus grand que celui d’Alexandre Le Grand, dont son père lui a conté les exploits. 

Mais, pour l’instant, il vit dans un  environnement hostile et dangereux. Pourchassé par les clans rivaux, méprisé par sa propre tribu, il survit tant bien que mal, principalement par la chasse;
c’est un bon archer mais c’est il préfère la chasse, en particulier celle des loups des steppes qu’il observe avec fascination et qui seront sa principale source d’inspiration stratégique: 

Des loups, il apprend la patience dont ils font preuve pour préparer une attaque en groupe, la violence de l’assaut une fois l’attaque déclenchée, et l’acharnement à annihiler leur proie, autant d’enseignements qu’il mettra en pratique tout au long de sa vie.

Il comprend très vite la nécessité de tisser des alliances avec les clans voisins :

il s’allie à un garçon à peine plus âgé que lui, Djamouqa. Frères de sang à la façon mongole,
Et, avec la patience que lui ont enseignèe les loups, à 19 ans, Temüdjin s’est déjà construit une renommée de farouche guerrier et de fin politicien, lui permettant d’unifier petit à petit les différentes tribus mongoles. 
Et il va chercher sa fiancée Börte. Le mariage consacre le premier rapprochement entre deux clans mongols et jusqu’à sa mort, le futur conquérant jouira du soutien et des conseils utiles de son épouse Börte qui sera plusieurs fois associée au gouvernement de l’empire conformément à la tradition mongole qui tient les femmes pour les égales des hommes
Il a réussi à surpasser les dissensions incessantes des clans Mongols pour les unir
Il ne lui faudra pas vingt ans pour installer son pouvoir de la mer Caspienne à la mer Jaune et  forger ainsi le plus grand empire que le monde ait connu, s’étendant du Pacifique jusqu’au cœur de l’Europe.

En 1201, alors allié des Chinois, il vainc les Turcs, les Tatars et les Taïdjioutes, au cours de plusieurs batailles retentissantes. 

Comment Témujin devient-il Genghis Khan, Le Loup Bleu ?

En 1206, il se faire nommer souverain universel (Gengis Khan) par le peuple mongol. La Mongolie est née. 

« Commencent alors les conquêtes vers les royaumes voisins, notamment la Chine. En 1220, l’empire mongol s’étend jusqu’au royaume musulman de Khwarezm, s’étalant entre la mer Caspienne et le golfe Persique. Après une ultime campagne victorieuse en Chine, Gengis Khan expose à son plus jeune fils ses projets pour le vaste empire qu’il a créé. 

Gengis Khan  guerroie jusqu’à la fin de sa vie. À sa mort, en août 1227, son armée est presqu’aux portes de l’Europe. Son empire s’étend alors sur une immense partie de l’Asie, de la mer de Chine jusqu’à la mer Caspienne.

Au début du 13e siècle, l’armée de Gengis Khan a conquis  une partie du nord de la Chine, alors dominée par le royaume des Xixia et l’Empire djurtchet, et anéanti l’Empire musulman de Khwarezm en Asie centrale.

Une progression par les armes poursuivie par ses successeurs mongols, dont les troupes menacèrent en quelques années des pays aussi lointains que la Hongrie, l’Égypte et le Japon

Il décède en 1227. Son corps sera acheminé vers un mausolée tenu secret en Mongolie.

Il est raconté  qu’il a été placé dans un cercueil en bois orné d’or et d’argent et que ceux qui ont croisé le cortège funéraire par hasard ont été tués sur-le-champ. 
La légende dit également que des milliers de chevaux ont foulé la terre où il a été enterré pour ne laisser aucune trace de creusement. 

800 ans plus tard, le site où il repose n’a toujours pas été découvert.

Comment  le grand Khan est-il parvenu à la conquête implacable d’un tel empire ??

La personnalité de Gengis Khan est la clef permettant de comprendre une telle réussite. Il fut en effet l’un des meilleurs généraux de son époque et est à juste titre considéré comme l’un des plus grands chefs militaires de l’Histoire.

Gengis Khan n’a-t-il été q’un conquérant cruel est sans pitié ??

Gengis Khan (1162-1227) et les Mongols sont invariablement associés à des récits terribles de conquête, de destruction et de carnage.
Les historiens modèrent aujourd’hui cette version:

Tout d’abord, Genghis Khan fut également  un administrateur compétent qui introduisit l’écriture chez les Mongols, créa leur premier code de lois, promut le commerce et permit à toutes les religions d’être librement pratiquées n’importe où dans le monde mongol.
Il pratiquait aussi la méritocratie. La composition de son armée ne correspondait pas à une hiérarchie féodale où les chefs sont les seigneurs les plus fortunés ou les membres de la famille. Gengis Khan choisissait ses hommes uniquement en fonction de leur bravoure.

Certes, Gengis Khan a exécuté sans pitié ceux qui lui résistaient, mais ses exactions relevaient d’une technique de terreur, courante à l’époque, et non de la pure sauvagerie: elles avaient un but stratégique : obtenir une capitulation sans combat. Une fois un territoire conquis, Gengis Khan était plutôt libéral à l’égard des populations soumises. Les gens pouvaient conserver leur religion, leurs coutumes et leur chef ; l’essentiel étant de s’acquitter d’un impôt et du service militaire.

L’héritage de Gengis Khan, de ses fils et petits-fils est aussi celui d’un développement culturel, d’une réussite artistique, d’un mode de vie de cour et d’un continent entier uni sous la Pax Mongolica (Paix mongole).
Et  la dynastie Yuan en Chine (1271-1368) fait partie de cet héritage, par l’intermédiaire de son fondateur, son petit-fils Kubilai Khan (r. 1260-1295)

L’unification politique de l’Asie sous les Mongols a favorisé un commerce florissant ainsi que le déplacement et l’installation d’artistes et d’artisans le long des principales routes. De nouvelles influences se sont ainsi intégrées aux traditions artistiques locales établies. Au milieu du XIIIe siècle, les Mongols avaient constitué le plus vaste empire contigu du monde, unissant les cultures chinoise, islamique, iranienne, d’Asie centrale et nomade au sein d’une sensibilité mongole unifiée 

Les mongols le considèrent comme le père de leur nation et une figure légendaire, auréolée de respect et ils l’ont  déifié à titre posthume.

Et, pour découvrir davantage  l’histoire de ce légendaire « Loup-Bleu, qui naquit prédestiné par le Ciel d’en haut » , je vous conseille

Un excellent roman : Le Loup bleu de Yasushi Inoue
et la légende du Loup Bleu céleste et de la Biche Blanche dont voici le début de

 » Le vent sale l’air et l’herbe de la steppe murmure sous une faible lumière froide ; des sabots lointains frappent comme des battements de cœur. Un loup gris-bleu lève la tête tandis qu’une biche tachetée s’arrête pour écouter — un silence inquiet, comme si la terre elle-même retenait son souffle, sentant que quelque chose d’irréversible allait commencer… »

Le début de cette magnifique version de la merveilleuse histoire d’amour entre  Borte Tchino, le Loup bleu et Ko’ai Maral, la Biche blanche, les dieux fondateurs du peuple mongol et ancêtres directs  de Genghis Khan,

un amour si fort qu’il modifie les lois de la nature selon lesquelles l’un devrait détruire l’autre.

Au fil des années le récit s’intégra aux rituels. Les chamans le racontaient lors des rassemblements d’hiver, le ponctuant de frappes de tambour. Les anciens traçaient le signe du loup sur le front des jeunes garçons avant qu’ils ne partent avec un troupeau, ou présentaient une touffe d’herbe en mémoire de la biche.

À bientôt ! 🐺🦌

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