Venez, je vous conduirai en esprit vers une contrée étrange, vaporeuse, voilée, murmurante… Milosz

Au Nord du cercle polaire gît un archipel norvégien de sept îles, Les Lofoten

Le nom de Lofoten vient de ló, « lynx » et de fótr, « pied », l’archipel à la forme d’un lynx , longue écharpe de terre constituée d’iles emboìtées , de plus en plus étroites se projetant dans la mer.

Montagnes élevées et encore couvertes de neige dans leurs sommets jusqu’à la fin mai; côtes très découpées par de larges vallées très encaissées (fjords, vallées glaciaires envahies par la mer et nombreux lacs et zones marécageuses dans les parties basses, héritage d’un vieux modelé glaciaire.

Les Lofoten, avec leur nature dramatique et sauvage, semblent tout droit sorties d’un conte de fées. Les longues nuits polaires et les aurores boréales teintent ces îles d’une mystèrieuse magie qui foisonnent de récits légendaires.

 Sous le soleil de minuit entre mai et mi-juillet ou dans la blancheur immaculée de l’hiver, les Lofoten dévoilent un visage lumineux avec leurs d’anciennes cabanes de pêcheurs sur pilotis (rorbues), qui ont conservé la traditionnelle teinte carmin du temps où la peinture était mélangée aux entrailles de poisson.
Car, depuis le Xe siècle, on pêche dans ces eaux miraculeuses une variété de morue (skrei), réputée la meilleure au monde. Pour la sécher (stockfish ), les pêcheurs l’étendent toujours sur de hauts portiques de bois à l’entrée des villages.

Mais un monstre se tapît dans les mers, le Maelström

Les tempêtes sont soudaines et violentes et ce terrible courant maritime aux confins de la mer de Norvège a enflammé l’imaginaire d’Edgar Allan Poe:
”Une descente dans le Maelström” dans ses ”Histoires extraordinaires”:
”Je vis une vaste étendue de mer, dont la couleur d’encre me rappela le tableau du géographe Nubien et sa mer des Ténèbres. C’était un panorama plus effroyablement désolé qu’il n’est donné à une imagination humaine de le concevoir”.
Jules Verne lui-même y fait disparaître  le Nautilus du capitaine Nemo (Vingt mille lieues sous les mers).

Il est vrai que le Maelström, tombeau de dizaines de voiliers, peuplait les cauchemars des marins d’antan tout comme ceux d’aujourd’hui :
“ Naviguer dans son champ d’attraction, à l’extrême sud de l’archipel, requiert un très vieux savoir-faire. Les courants contraires y croisent de fortes marées. Comme le fond remonte le long des côtes, la mer perd tout sens logique”, explique le vieux pêcheur Brad Borresen, qui a connu la pêche à l’ancienne: à la voile, à la rame, le cœur bien accroché. Malgré les radars, les sonars et les GPS, on ne s’approche encore du Maelström qu’avec précaution, durant le laps de temps où le monstre sommeille.

La tempête durant laquelle cinq cents marins disparurent à la fin du XIXe siècle est restée dans les mémoires. 

Sans doute a-t-elle inspiré ce triste mais très beau poème à Oscar Milosz (1877-1939) dans ‘Les Sept Solitudes’ (1906):

Les superstitions des marins des Îles Lofoten

Une baie aux eaux claires, sur fond de sommets aiguisés et sur ses bords, d’anciennes cabanes de pêcheurs sur pilotis (rorbues), qui ont conservé la traditionnelle teinte carmin du temps où la peinture était mélangée aux entrailles de poisson.

Dans chaque coopérative de pêche est suspendue une morue royale. Cette espèce rarissime, gage de prospérité, est supposée annoncer les tempêtes au bout de sa ficelle. Ce serait l’humidité qui la fait tourner.
Mais rien n’effraie plus les marins qu’une possible rencontre avec le Draugen

Ce fantôme de pêcheur, dit la légende, apparaît au plus fort des tempêtes. Il s’annonce par ses cris lugubres et son orgue funèbre avant de surgir sur son esquif brisé, attirant les navires dans les abysses. Pour conjurer le sort, on emporte à bord un singulier passager en bois sculpté: le Marmaelen, «nain des mers», mi-homme,mi-poisson .Si d’aventure il apparaît sur le pont, transi de froid, il faut le réchauffer comme un enfant.

Les Lofoten sont aussi la terre des Vikings et de leurs descendants sur près de trois siècles (fin VIIIe – fin XIe)
qui les ont peuplées de créatures magiques et de dieux puissants.

Ils n’étaient pas des hordes sauvages mais des architectes et des navigateurs hors pair capables d’explorer toutes les routes maritimes.

Á bientôt! 🏔️🛶🏔️

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