« L’amour est un phœnix qu’on ne prend pas au piège. » Érasme

Phœnix, un oiseau mythique immortel doté de pouvoirs magiques et connu pour sa capacité à se régénérer, est devenu un symbole durable d’espoir, donnant à l’humanité la chance de se débarrasser de son ancienne vie et de recommencer avec les avantages physiques de la jeunesse et de la sagesse d’avoir vécu mille vies.

Ce symbole de vie, de changement et de renaissance fait l’objet de légendes, de religions et de philosophies depuis des siècles et a inspiré conteurs et artistes du monde entier.

Le phœnix présente des similitudes avec des créatures d’autres cultures comme le Garuda, mi-homme mi-aigle de la mythologie hindoue, l’oiseau de feu russe, le paskunji de Géorgie, le simorgh de Perse et le Me byi karmo du Tibet.
Dans le christianisme, le phœnix est souvent considéré comme analogue à la résurrection de Jésus-Christ, lui-même mort sur la croix et ressuscité 3 jours plus tard.

Selon l’historien grec Hérodote (484 à 425 av. J.C.), les prêtres d’Héliopolis  affirmaient que le phœnix vivait 500 ans. A la fin de sa vie, l’oiseau construisait un bûcher. Sa progéniture émergeait de ses cendres et s’envolait. Les Grecs croyaient que le phœnix ne mangeait jamais de fruits. On pensait que l’oiseau ramassait de la myrrhe et de la cannelle pour préparer le nid qui deviendrait son bûcher.

PHŒNIX et la Métempsychose 

De la Grèce antique à l’Égypte ancienne, en passant par l’Inde millénaire, la notion de réincarnation, vieille comme le monde, épouse différentes formes.
C’est principalement dans le monde grec antique que fleurit, à partir du VIe siècle av. J.C., la notion de réincarnation et de métempsychose (qui signifie littéralement « transmigration des âmes »). Mais l’idée, en soi, ne serait pas grecque. Sans qu’on en connaisse l’origine exacte, il semble qu’on en ait déjà débattu en Égypte et en Mésopotamie. Pour être plus précis, les Égyptiens, eux, parlent de transformation des morts, surtout en oiseaux, dont le phœnix…

L’hypothèse de la réincarnation traverse ainsi les religions animistes, chamaniques ou primitives.

Phœnix trouve son origine dans l’Égypte ancienne.

En égyptien ancien, on le nommait Bennu, lié au mot « weben » qui signifiait s’élever ou briller de mille feux, et était représenté par un hiéroglyphe représentant un héron

« Le Bennu vivait au sommet des pierres de ben-ben (pierres sacrées du temple solaire d’Héliopolis) ou d’obélisques et était vénéré aux côtés d’Osiris et de Râ. L’oiseau solaire apparaît sur les anciennes amulettes comme un symbole de renaissance et d’immortalité, et il était associé à la période des crues du Nil, apportant une nouvelle richesse et une nouvelle fertilité. »

Selon la légende, Phœnix était immortel et vivait à l’origine au paradis.
Un jour, Phœnix se lassa et désira une nouvelle vie. Il se rendit alors dans le monde des mortels régi par la vie et la mort. Mais il réalisa qu’il ne pouvait pas mourir et souhaita se renouveler tous les mille ans.
Il construisit son nid, s’y installa et attendit l’arrivée du dieu soleil Ra. Lorsque celui apparut sur son char à travers le ciel, Phœnix se mit à chanter pour attirer son attention et Ra, subjugué par cette mélodie, s’arrêta et fit tomber une étincelle de son char qui enflamma le nid et l’oiseau. Mais, 3 jours après, ses pouvoirs magiques d’immortel le firent renaître de ses cendres.
C’est ainsi que Phœnix put continuer à vivre dans notre monde, en répétant son cycle de mort et de renaissance tous les mille ans.

Dans la mythologie chinoise, oiseau sacré mythique avec le dragon

Il s’appelle Feng-Huang, semblable à un paon avec un cou mince et une longue queue orange et rouge ardent. Au Japon, on l’appelle Ho-Oo.

Selon la légende, tandis que l’empereur Tang Xuanzong élevait un dragon chinois sous la dynastie Tang, un phœnix a existé sous la dynastie Zhou

Un jour, le pays Zhan Tou offrit au roi un jeune phœnix, transporté dans un splendid char, décoré de pierres de jade de cinq couleurs et tiré par un éléphant rouge. À son arrivée à Hao, capitale de la dynastie, près de Xi’an dans la province du Shaanxi, il fut relâché dans le jardin royal des oiseaux rares, et nourri quotidiennement de sirop doux et de graines succulentes.
Ses plumes n’étaient pas vraiment belles , mais lorsque le roi Cheng de Zhou accomplit la cérémonie de sacrifice aux cieux  sur le Mont Taishan, ( « la montagne du monde » ), les plumes du phoenix devinrent couleur de feu. Tous les oiseaux cessèrent alors de babiller et se soumirent à cet oiseau divin.

Mais à la mort du roi, le phénix disparut à jamais.

La dynastie Zhou était une époque où dieux et gens ordinaires vivaient ensemble, d’où un tel miracle, selon le roman L’Investiture des dieux (封神演义) 

 Un phœnix a également été la première image représentée sur le grand sceau des États-Unis d’Amérique nouvellement nés en 1782 après la guerre d’indépendance contre la Grande-Bretagne. Il fut remplacé plus tard par celui d’un aigle devenu un symbole américain.

Phœnix au XXI ème siècle

Et, parce qu’il est immortel, on le retrouve dans de trés nombreuses mangas actuelles et dans le très célèbre Harry Potter
Les larmes des phœnix guérissent tous les maux. Ainsi, c’est Fumseck qui sauve Harry lorsque ce dernier se fait mordre par le basilic (qui possède un venin extrêmement mortel) dans Harry Potter et la Chambre des Secrets.

À bientôt ! 🐦‍🔥🐦‍🔥

« L’orthographe est de respect; c’est une sorte de politesse. » Alain

Prosper Mérimée, 1803 – 1870, écrivain, archéologue, érudit, inspecteur des monuments historiques, sénateur proche de Napoléon III et de la cour impériale… La seule évocation de Prosper Mérimée entraîne presque toujours l’énumération des titres et fonctions qui ont jalonné la vie de cet homme, aux centres d’intérêts aussi éclectiques que le siècle dans lequel il évoluait.

Qui a eu cette idée folle, un jour, d’inventer la dictée ?

L’exercice de la dictée est ancestral et commence dès l’Antiquité. La dictée consistait alors à mettre par écrit les paroles d’un auteur. L’un des plus célèbres auteurs antiques pratiquant la dictée était Cicéron car il dictait ses textes à son secrétaire Tiron afin qu’il les retranscrive à l’écrit. De même, dans l’Empire romain, les maîtres dictaient des mots aux petits Romains qui apprenaient le latin.

C’est au XVIIe siècle qu’émerge une réflexion sur ce qu’on appelle alors « l’orthographe d’Etat« .Jusqu’au XVIIe siècle, l’orthographe était restée une discipline très floue. C’est seulement avec la création de l’Académie française, en 1634, sous l’impulsion de Louis XIII, qu’on commence à vouloir homogénéiser l’écriture, notamment au travers de la publication de dictionnaires..

En revanche, la dictée comme élément de ciment national et culturel est apparue en France au XIXe siècle. À l’époque, il y a même eu une sorte de « folie de la dictée », devenue un passe-temps très prisé à la Cour.
Par exemple, en 1857, sous le Second Empire de Napoléon III, l’Impératrice Eugénie a commandé à Prosper Mérimée une dictée combinant de nombreuses difficultés orthographiques afin de la proposer comme jeu après un dîner. C’est un texte qui est resté célèbre pour sa difficulté car même l’Empereur a commis 75 fautes ! l’impératrice Eugénie, 62, Alexandre Dumas fils, 24. Seul le prince de Metternich, ambassadeur d’Autriche, n’en fait que 3… 

« Quand allez-vous, prince, vous présenter à l’Académie pour nous apprendre l’orthographe ? » aurait demandé Dumas quand furent annoncés les résultats.

La célèbre dictée de Prosper Mérimée, publiée par Léo Claretie en 1900.

La dictée de Mérimée, site officiel du Ministère français de la Culture.

« Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier.
Quelles que soient, quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d’en vouloir, pour cela, à ces fusiliers jumeaux et malbâtis, et de leur infliger une raclée, alors qu’ils ne songeaient qu’à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.
Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissé entraîner à prendre un râteau et qu’elle s’est crue obligée de frapper l’exigeant marguillier sur son omoplate vieillie.
Deux alvéoles furent brisés ; une dysenterie se déclara suivie d’une phtisie et l’imbécillité du malheureux s’accrut.
— Par saint Martin, quelle hémorragie ! s’écria ce bélître.
À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière. »

😉 La prochaine fois, je vous expliquerai les difficultés de cette célèbre dictée 

Pour en savoir plus sur Mérimée

À bientôt !✍️

Au jeu d’échecs , les fous sont les plus près du roi 

La folie…Elle n’a cessé de faire parler d’elle au travers des siècles
Car, sans elle, sans un grain de folie, point de génie, et quel ennui !!!

♦️ « bouffon » de l’italien buffone, lui-même dérivé du radical buff- qui exprime le gonflement des joues
♦️ « Fou » , tête aiguë, parce que la conformation étroite et conique de la tête est le signe de l’absence de cervelle, du latin follis, soufflet, parce que la tête d’un fou est pleine de vent et de billevesées

Les Fous du Roi 

En mythologie, le fou du roi est plus ancien encore : Momos est le bouffon des dieux de l’Olympe,
Dieu du Sarcasme et de la Moquerie, c’est le bouffon des divintés olympiennes.

Dans la réalité, l’un des premiers écrits où le bouffon apparaît est celui de Priscus, historien grec; en 449: Attila avait déjà à son service un fou pour distraire ses convives. 
C’est la première fois qu’on parle d’un fou du roi bien qu’on puisse soupçonner qu’il en existât déjà bien avant.
Au XIII – XIVème siècle, la documentation sur les fous de cour s’enrichit singulièrement, car les comptes princiers sont  mieux conservés. L’on y trouve des fous de passage, que le prince récompense de quelques piécettes, et des fous dont la présence à leur cour est plus durable. Ainsi, les riches archives d’Artois nous permettent-elles de savoir que le comte Robert, mort en 1302, et sa fille Mahaut, comtesse d’Artois de 1302 à 1329, entretinrent des fous à leur cour. A la cour du roi de France, le hasard d’un compte conservé nous permet de savoir que Philippe V le Long avait à sa cour, en 1316, un fou nommé Geoffroy.

D’abord authentique débile mental, objet de collection des ménageries royales, où il était élevé puis vendu, le fou du roi devient, au fil des siècles, le double du roi, sa contrefaçon grotesque. 
Il reçoit une réelle formation, adaptée aux gens d’esprit, pour avoir droit de revêtir les insignes de maître-ès-folie, le bonnet à longues oreilles et crête de papier, la marotte au poing, la vessie à la ceinture, et la livrée aux couleurs de son maître, toute résonnante de grelots.

Somptueusement entretenu, il a pour mission d’égayer le souverain en l’arrachant, sous l’effet du rire, 
à l’hystérie de la puissance pour le réintégrer dans l’humanité vraie. Il le suit partout, le traite en intime, l’appelle « mon cousin », le tutoie, le critique, le conseille, le persifle. En toute impunité. Mais surtout – privilège inouï -, il a le droit de lui dire la vérité.
Il est l’envers du pouvoir, le lieu de l’irrévérence et du désordre,  de la fête, avec ses turbulences et ses dérèglements. Il est enfin l’espion du roi, à l’affût des ragots et des complots.

Il faut naître roi ou fou pour faire ce que l’on veut. (proverbe latin)

Il leur arrive même d’écrire (en langue d’oîl) comme Triboulet, fou du roi François Ier,
mis en scène par Rabelais (le Tiers Livre-1546) et par V.Hugo « le roi s’amuse ».
On trouve très rarement des femmes « fous » ou « folles »: Cathelot fut la naine ou folle de la reine Eléonore et de Marguerite de Savoie.

Le fou, miroir grotesque du roi

« Fou de lui, l’œil sur son image, et sans même s’apercevoir qu’il voit un fou dans son miroir », peut-on lire dans la Nef des fols de Sebastien Brant, en 1494.
Et ainsi dans  » l’Eloge de la folie  » d’Erasme en 1511.
Erasme souligne l’importance des bouffons auprès des rois dans Éloge de la folie, « Les plus grands rois les goûtent si fort que plus d’un, sans eux, ne saurait se mettre à table ou faire un pas, ni se passer d’eux pendant une heure. Ils prisent les fous plus que les sages austères, qu’ils ont l’habitude d’entretenir par ostentation… les bouffons, eux, procurent ce que les princes recherchent partout et à tout prix : l’amusement, le sourire, l’éclat de rire, le plaisir. ». Mais Érasme fait également quelques allusions à un second rôle échu au bouffon : celui de révélateur, de miroir grotesque.

Hommage aux Innocents (simples d’esprit, fous)

Du Moyen-Âge au XVIIe siècle, Yéronymus Bosch les peindra,
Sébastien Brant écrira « la Nef des fous du Monde », mais l’Église les célèbrera :

La fête des fous ou fête des Innocents  26, 27 et 28 décembre, survivance de fêtes rituelles païennes bien plus anciennes, les Saturnales romaines.

Organisée par le clergé en Europe, dans la plupart des églises de France, c’était tout d’abord une fête allégorique dans laquelle le pouvoir ecclésiastique tombait des mains de l’évêque dans celles du sous-diacre et de l’enfant de choeur, afin d’accorder un instant la suprématie aux simples d’esprit, à qui l’Evangile promet le royaume des cieux, cette pratique s’est ensuite étendue du clergé dans la rue et a perduré jusqu’au XVIIe siècle. Les historiens voient dans ces parodies liturgiques une des origines médiévales du théâtre.

La symbolique du fou 

Le fou est aussi, en alchimie un symbole pour représenter le dissolvant, l’action de décomposition. 
on surnommait l’alchimiste « savant fou » dans la littérature du XIXe et du XXe siècle.

Dans le tarot de Marseille, inspiré du tarot mèdiéval, l’arcane du Mat est aussi appelée « le Fou » ou « fol » et représente l’errance, la folie, mais aussi la liberté et l’insouciance.

Et puis, bien sûr, dans le jeu d’échecs, par erreur de traduction toutefois… 
😉 mais éléphant, fol ou évèque, toujours à côté du roi…

✍️ un brin de vocabulaire :  

♦️ FOU

  • Amoureux fou 
  • Savant fou
  • Un monde fou 
  • Un talent fou
  • coiffé comme un chien fou
  • Fou à lier, fou furieux, fou de joie, Tout fou , fou comme un jeune chien, faire le fou 
  • Ne pas être assez fou pour
  • Plus on est de fous, plus on rit ! Le fou-rire
  • Être d’humeur folle
  • Herbes folles et… quelques autres 

♦️ “avoir une marotte »

Les significations ont évolué durant les siècles. 
Aujourd’hui, avoir une marotte c’est  témoigner d’une passion pour quelque chose.
Selon les linguistes, l’étymologie du mot vient de Marie. Mariotte, devenu marotte, est l’un de ses nombreux diminutifs, renvoyant à une petite figure, une statuette de la Vierge Marie.
D’une statuette de Marie à une tête pour la fabrication des chapeaux, en passant par une bâton à tête grotesque, la marotte a évolué au fil du temps et a pris différentes formes…

Au Moyen Âge, nous l’avons vu, la marotte est l’attribut du bouffon – ou fou – du roi. L’objet parodie un sceptre. Il s’agit ainsi d’un bâton en bois surmonté d’une figure grotesque affublée d’un bonnet à grelots. Cet accessoire donne alors à l’amuseur le droit de se moquer des classes sociales supérieures sans risquer d’être puni.
Dès la seconde moitié du 18e siècle, elle désigne aussi le mannequin employé par les modistes. Prenant la forme d’une tête, en carton ou en bois, elle sert de gabarit pour confectionner les chapeaux. 
Durant les siècles suivants, par extension au bâton du fou du roila marotte des marionnettistes est une poupée montée sur un manche en bois. Là encore, la marotte sert à amuser, imiter, transmettre des histoires.

À bientôt ! ♟️♟️♟️

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